Les critiques : Made in Prypiat
07/12/2009 18:53 par histoires-fantastiques
Made in Prypiat
02/12/2009 19:56 par histoires-fantastiques
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Made in Prypiat
02/12/2009 19:56 par histoires-fantastiques
" À venir fin décembre "
Les critiques : Journal de bord d'un terrien en détresse
25/10/2009 21:12 par histoires-fantastiques
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Les critiques : Journal de bord d'un terrien en détresse
25/10/2009 21:12 par histoires-fantastiques
Les critiques : L'étranger
22/04/2009 10:16 par histoires-fantastiques
L'étranger
22/04/2009 10:15 par histoires-fantastiques
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L'étranger
22/04/2009 10:15 par histoires-fantastiques
Par Eric Fesquet
Un soir en France...
L'homme qui entra dans le bar n'avait pas d'âge. Sa petite moustache taillée avec soin semblait frétiller à chaque expiration, il était vêtu d'un costume noir, d'une chemise blanche et d'une cravate foncée sans motif. Il resta un long moment sur le pas de la porte, observant l'intérieur du petit commerce rural et scrutant le moindre signe d'hostilité à son égard. Dès son entrée, les quelques poivrots présents dans la salle s'arrêtèrent de bavarder et tournèrent la tête dans sa direction. À sa vue, certains manifestèrent de la répugnance et affichèrent un rictus de dégoût en se repliant sur eux même, d'autres se poussèrent du coude en le pointant du doigt comme un malpropre. Son visage était difforme et contrastait avec sa tenue élégante et impeccable. Les anomalies qui parsemaient sa figure étaient repoussantes et lui donnaient un air mauvais à la limite du diabolique. Les clients finirent par détourner les yeux, comme si cet individu cauchemardesque allait disparaître ou retrouver une apparence normale dès qu'ils auraient tourné la tête. Ce ne fut pas le cas... cet homme était bien réel et sa laideur également. Troublés, quelques villageois cherchèrent du réconfort sur le visage beaucoup moins repoussant de leurs voisins de table ou retournèrent hâtivement à leur partie de cartes en s'agrippant fermement à l'épaisse couverture qui recouvrait leurs jambes comme s'il s'agissait d'une armure inviolable. Il faisait froid ici et le petit poêle à mazout au centre de la pièce arrivait péniblement à maintenir la température au-dessus des quinze degrés. Au fond de la salle, une vieille chanson de Gainsbourg s'échappait péniblement d'un juke-box poussiéreux qui paraissait atteint de bronchite chronique. Un voile de fumée de cigarette flottait à cet endroit et entachait la jolie demoiselle en poster qui posait quasiment nue sur une voiture de sport.
Il était à peine 22h00, mais l'atmosphère était étrangement calme et silencieuse, comme si tous ces gens s'enivraient depuis le petit matin et risquaient à tout moment de s'affaler sur leur table ou leur coin de bar sous l'effet de la fatigue et de l'alcool. Au milieu de cette salle obscure empestant la chaussette sale et le tabac froid, une personne attira son attention. Un homme d'une quarantaine d'années vêtu d'un pantalon de travail dégoûtant et d'une grosse veste d'hiver marron tachée de graisse et de colorant qui le faisait ressembler à un bodybuildeur. Ce monsieur sirotait tranquillement sa bière, accoudé au bar, le regard perdu dans les bouteilles d'alcool alignées derrière le comptoir. L'étranger jeta un dernier coup d'oeil autour de lui, histoire de terrasser les derniers regards récalcitrants, puis il s'avança vers le zinc pour rejoindre le buveur solitaire. Il commanda une vodka puis déposa de quoi régler une vingtaine de consommations sur le comptoir, sous les yeux ahuris de l'homme assis là qui leva la tête vers lui.
« J'ai pas croisé de type fringué comme toi depuis l'enterrement de mon grand-père il y a vingt et un an, dit celui-ci. Même costume, même couleur, à la différence que lui, même mort il avait encore une tête présentable. »
Le villageois avait dit ça d'un ton de parfait mépris et ne manifesta aucune répulsion envers ce visiteur nocturne défiguré. Craignant une bagarre, quelques vieux bonhommes se levèrent précipitamment de leur chaise pour aller rejoindre leur femme à la maison. L'étranger ne broncha pas et esquissa même un petit sourire amical qui accentua ses anomalies disgracieuses au point de faire pâlir le barman. Celui-ci déposa rapidement le verre de vodka devant lui en baissant le regard. L'homme s'empara de la boisson et la descendit d'un trait. Le barman le resservit à contre coeur et quand il voulut ranger la bouteille, l'étranger le retint par le bras afin de la garder près de lui.
« Ce costume est ma tenue de prédilection, fit-il d'une voix calme, dominée par un accent slave ressemblant à du russe. Elle me sert pour mon travail.
– Tiens donc, t'as réussi à trouver du travail avec une gueule pareille ?! Ça tient du miracle, tu bosses au fond d'une mine à charbon ou dans un train fantôme c'est ça ? Allez malheureux, retire ton masque, on est pas chez les clowns ici. »
Le paysan trempa ses lèvres dans sa chope puis s'essuya négligemment la bouche avec sa manche sale. Un restant de colorant bleu marine s'étala alors sur sa joue à la manière d'une peinture de guerre. L'homme en costume sourit et s'assit tranquillement à côté de lui en caressant sa moustache d'un geste presque affectif.
« Vous révéler mon métier serait une erreur, si l'on peut appeler ça un métier du reste, et je serai probablement lynché sur la place publique si je faisais une chose aussi absurde.
– Bé dit donc, t'es un drôle d'oiseau toi... t'es pas du coin on dirait, on aime pas trop les étrangers par ici, surtout s'ils viennent d'un autre pays. »
Le ton volontairement sarcastique du villageois ne parvint pas à impressionner l'étranger.
« Je rends service à des personnes dans le besoin si vous voulez tout savoir, et jusqu'à présent elles ont toujours été satisfaites de mon travail. Je suis ici pour affaire et je connais bien votre pays, c'est ici que l'on fait les meilleurs profits », déclara-t-il dans un français impeccable.
Il desserra légèrement son noeud de cravate et resta étrangement calme face à ce paysan rustre débordant d'hostilité. Dans pareille situation, beaucoup ne se seraient pas gênés pour lui balancer leur poing dans la figure.
« Je ne suis que de passage, ajouta-t-il pour tenter d'apaiser les tensions. Mon nom est Bogdan Thomislav. »
Il tendit une main en direction du villageois, mais celui-ci l'ignora en tournant volontairement la tête de l'autre côté.
« On est pas du même monde, lui lança celui-ci. T'as vu tes mains ? On dirait celles d'un jeune puceau tout juste bon à se secouer le poireau. Je suis sûr que t'es pas marié, aucune femme ne voudrait d'un gars comme toi... surtout avec la tronche que tu te payes.
– Je ne le suis pas en effet.
– M'aurait étonné du contraire... si encore tu avais ce qu'il faut dans le falzar. »
L'étranger ne s'offusqua toujours pas et paraissait même amusé par la conversation. Il s'humecta les lèvres et laissa son voisin palabrer sur son compte. La salle se vidait à vue d'oeil, les clients s'en allaient en saluant craintivement les deux hommes, désormais seuls au bar comme deux célibataires à la recherche de l'âme soeur. En quelques minutes, il n'y eut plus personne à part le barman, occupé à essuyer ses verres.
« Moi je bosse toutes les nuits et mon salaire je l'obtiens à la sueur de mon front », déclara l'homme bourru en passant une main dans ses cheveux gras.
Il la retira en grimaçant et s'épongea sur son pantalon. Visiblement, le travail n'était pas la seule chose à le faire transpirer, il devait être ici depuis un bon moment et ses gestes maladroits trahissaient son taux d'alcoolémie élevé.
« Je travaille également la nuit, argumenta l'étranger, et je ne ménage pas mes efforts croyez-moi... mais vous, aimez-vous seulement ce que vous faites ? »
Cette question parut déstabiliser le villageois qui se plongea immédiatement dans la dégustation de sa bière.
« Qu'est-ce que ça peut te foutre ? finit-il par dire. Le principal c'est que je ramène du sel pour les épinards.
– Du beurre vous voulez dire ?
– C'est ce que j'ai dit ! cracha-t-il en fronçant les sourcils. Tu sais p'tit branleur, j'ai d'autres préoccupations dans la vie... j'ai ma femme par exemple, elle est ma lumière de soleil ou quelque chose dans le genre... sans elle, j'aurais autant d'importance qu'un pet de vache dans l'espace... quand je pense qu'elle m'attend toutes les nuits à la maison alors que je bosse comme un abruti à l'usine, au milieu du vacarme infernal des machines et entouré de dégénérés à la cervelle liquéfiée qui ne savent même plus différencier leur cul de leur tête à force de refaire toujours les mêmes gestes. Et cette saloperie de vapeur cancérigène qui vous attaque les neurones en permanence, au point que vous avez même des fois du mal à réfléchir... et tout ça pour gagner un salaire de misère et avoir juste de quoi inviter ma femme au restaurant une fois par mois. Quand je rentre le matin, je suis tellement crevé que je m'endors comme une masse, j'ai même plus la force de la prendre dans mes bras... ça doit pas être rose tout les jours pour elle, mais elle est toujours là, c'est une femme exceptionnelle.
– J'aimerais pouvoir vous croire voyez-vous, mais malheureusement je ne partage pas votre foi aveugle en l'amour cher monsieur, mon expérience personnelle n'a cessé de me prouver le contraire... pour moi, ce sentiment n'est qu'éphémère.
– Effet quoi ?!
– Ephémère... qui ne dure pas. »
Il y eut un long silence où le paysan parut méditer sur les paroles de l'étranger. Le barman était en train de rabaisser les rideaux électriques; le bar allait bientôt fermer ses portes. Bogdan Thomislav termina son énième verre et demanda une serviette en papier pour s'éponger les lèvres. Tout en ce curant le nez avec son index, l'ouvrier observa son manège d'un air fasciné.
« Bé mon con, tu te prends pour la reine d'Angleterre on dirait. »
L'étranger ne releva pas la plaisanterie acerbe et jeta un coup d'oeil à la pendule suspendue au-dessus du bar tout en finissant de s'essuyer la bouche d'un geste élégant. Le villageois le dévisagea avec des yeux emprunts de curiosité, comme s'il venait de découvrir pour la première fois l'ampleur de sa difformité.
« Mais d'où tu viens ? » demanda-t-il.
– De Kopatchi en Ukraine, c'est là que mon existence a commencé un jour de novembre 1986. C'est un petit village dévasté par les radiations, un endroit où les femmes et les enfants n'ont plus le droit d'aller, un lieu où le mal invisible côtoie la sérénité. C'est en pleine zone d'exclusion, à sept kilomètres de la centrale.
– Quelle centrale ? »
L'étranger eut un sourire las, comme si la question lui avait été posée des centaines de fois.
« Laissez tomber, ce serait trop long à vous expliquer... Je vais devoir vous laisser, le travail n'attend pas.
– Tu parles, fit le villageois en remontant les bretelles de son bleu de travail. J'ai assez entendu de conneries pour ce soir... j'me taille aussi, j'ai du boulot qui m'attend MOI. »
Il se leva et tendit deux billets au barman avant de sortir dans la rue sans un regard pour l'étranger.
Quelques minutes plus tard, Bogdan Thomislav passa le hall d'entrée d'un vieux bâtiment et emprunta ses escaliers pour se présenter devant un appartement du troisième étage. Il frappa deux coups très légers et une femme blonde d'une quarantaine d'année vint lui ouvrir. En découvrant son apparence, elle eut un mouvement de recul et étouffa un cri avec sa main... mais son aversion fut très vite remplacée par un sentiment beaucoup plus intense. Elle le pria d'entrer.
« Je vous sers quelque chose ? demanda-t-elle en lui présentant un fauteuil en cuir dans un coin du salon.
– Non merci », fit-il en retirant sa veste.
Il la déposa sur la table basse et s'assit tranquillement en remettant son noeud de cravate en place. Juste en face de lui se dressait un vieux miroir qui lui renvoyait un reflet très erroné de lui-même, un peu comme si cet objet atténuait par miracle les imperfections de son visage. Le temps parut se suspendre tout à coup et la fascination qui le submergea lui fit monter les larmes aux yeux.
« Marion m'a dit que vous étiez plutôt efficace », confia la femme en l'observant de la tête aux pieds.
Il sortit brusquement de sa rêverie et hocha la tête en gardant les yeux rivés sur le miroir. Il faisait une chaleur à crever dans l'appartement. La jeune femme semblait nerveuse et essayait désespérément de dissimuler ses mains tremblantes. Elle le regardait d'un air fiévreux, comme s'il allait lui sauter dessus.
« Calmez-vous chère madame, je ne vais pas vous mordre... et votre mari ? » demanda-t-il.
– Il travaille de nuit dans l'usine locale », dit-elle en déposant plusieurs billets de cinquante euros sur la table du salon.
Elle sourit puis ajouta :
« C'est lui qui paye, cet idiot ne sait même pas tenir un livre de compte... peut-être que s'il savait lire. »
– Il est comment votre mari ? Physiquement j'entends ? »
Interloquée par la question elle lui répondit malgré tout.
« J'aurais bien du mal à vous le décrire... il est si banal vous savez, mais il porte toujours son bleu de travail, même à la maison, et aussi une veste marron que même la lessive la plus chère au monde ne parviendrait pas à nettoyer. Pourquoi ? Vous l'avez rencontré ?
– En fait non, dit-il en souriant malicieusement, mais je suis certain que j'aurais apprécié sa compagnie ».
La dame parut surprise.
« J'ai changé d'avis, déclara-t-il brusquement en tapant dans ses mains. Il ne vous en coûtera rien finalement... disons que c'est pour fidéliser la clientèle.
– Vous plaisantez là ?
– Je suis sérieux... ce serait la moindre des choses vous ne croyez pas ? Après tout vous m'offrez l'hospitalité de votre ville pour quelques heures... et vous êtes tellement charmante. »
Elle finit par esquisser un sourire, visiblement intimidée par le faciès de son visiteur. Celui-ci se releva de son fauteuil et parut se déplier comme une carte routière.
« Vous me laissez faire ?
– Ah non ! fit-elle, faussement outrée. Certainement pas ! Même si je ne vous dois rien j'ai quand même le droit de disposer de la marchandise comme je l'entends, puis Marion ne devrait plus tarder maintenant.
Lentement, elle s'approcha de lui et avança timidement une main pour lui caresser l'entrejambe à travers le pantalon. Son souffle s'accéléra et l'excitation finit par la submerger quand ses doigts saisirent l'anatomie dilatée de l'étranger. Sa timidité s'envola aussitôt et fut remplacée par un désir extrême et incontrôlable prêt à la transformer en bête insatiable.
« On est déjà prêt à ce que je sens, lui susurra-t-elle à l'oreille tout en le masturbant délicatement. Mon Casanova, mon barbe bleu... Oh la la, elle avait raison la garce, elles sont énormes ! Deux pour le prix d'une... vos parents vous ont gâté jeune homme.
– Mes parents n'ont rien à voir là-dedans sale catin. »
Il agrippa brutalement la tignasse blonde de la dame pour la faire s'agenouiller. Elle poussa un cri de surprise et d'excitation avant de s'exécuter. Il resta imperturbable quand elle ouvrit lentement sa braguette. Il pensait au paysan, à sa veste marron répugnante, à la virulence de ses paroles... quelle drôle d'existence. Qui était le plus malheureux en fin de compte ? Le mari fauché exempt d'anomalie génétique ou l'homme riche et défiguré qui allait baiser sa femme ? On ne pouvait pas tout avoir dans la vie, tout n'était que demi-mesure finalement. Il s'esclaffa, mais la femme du paysan était bien trop occupée pour se soucier de son rire tonitruant. Bogdan Thomislav était déjà en Ukraine, en pleine zone interdite, dans son petit village à deux pas de la centrale nucléaire de Tchernobyl. Là-bas, son père attendait patiemment que son fils lui ramène ses tablettes de chocolat et son fusil flambant neuf pour tirer les sangliers radioactifs qui traînaient dans son potager. Quant à sa mère, il la voyait déjà danser en criant de joie quand elle découvrirait la cuisine toute équipée et sa batterie complète d'ustensiles qu'il allait lui rapporter. Il fallait qu'il amasse un maximum de bifton avant de repartir là-bas, le reste n'avait que peu d'importance, il laissait aux autres le soin de philosopher sur le sens de la vie...
Eric Fesquet
Bez et Esparon
Du 04 janvier au 07 avril 2009
© ® Auteur : Eric Fesquet, texte déposé.

Les News !!!
01/03/2009 01:02 par histoires-fantastiques
Il est enfin là...
15/02/2009 07:50 par histoires-fantastiques
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Il est enfin là...
15/02/2009 07:50 par histoires-fantastiques

Regardez cet homme quelques instants... vous vous dites sans doute que sous ses airs de père noël fraîchement rasé se cache peut-être la réincarnation du prophète Nostradamus... votre pensée vous honore car vous brûlez presque, cet homme a bien un point commun avec le fameux prophète tant de fois décrié... il a des visions. Mais à la différence du célèbre français, Jérôme Noël n'est pas un affabulateur, ses révélations finissent toujours par se réaliser. Il y a longtemps, l'homme que vous avez sous les yeux eut une révélation... la lisière d'un bois, la limite entre le bien et le mal, la ligne séparant le passé du futur. Du côté sombre, des arbres étranges, une végétation insondable, étouffante, refermant grand nombre de mystères. Il osa s'y plonger le temps d'un battement de cils et ce qu'il vit le secoua pour le restant de ses jours. Tel que vous le voyez sur cette photo, il a réussi à exorciser ses démons pour quelques temps... son sourire de satisfaction devrait servir d'exemple à toutes les personnes qui sont encore prisonnières de cet endroit maléfique et effrayant. Par facilité, il aurait pu écrire un livre témoignage du genre : "Je l'ai vu, je l'ai vaincu" ou encore " J'en suis sorti, pourquoi pas vous ?", mais il a préféré (Dieu l'en remercie) se pencher sur un tout autre registre. Sous vos yeux chers lecteurs, Jérôme Noël tient entre ses mains le premier exemplaire de "Lisière", un fanzine créé à la sueur de son front et refermant sous une couverture magnifiquement illustrée, des récits tout droit sorti de son subconscient tourmenté et découlant directement de ses visions prémonitoires. Au cours de son chemin de vie, Jérôme Noël a pu rencontrer des personnes ayant osé eux aussi traverser cette ligne, la lisière entre le bien et le mal, délimitant également le passé du futur. Comme lui, ils ne s'en sont jamais remis et sont devenus des auteurs torturés aux âmes meurtries. Jérôme Noël a généreusement publié dans "Lisière" quelques unes de leurs histoires pour témoigner que ce lieu existe bel et bien. Plongez-vous dans le Fanzine de notre ami, car vous aussi vous pourriez un jour ou l'autre vous retrouver dans la même situation et être tenté à vos risques et périls de traverser la lisière sans en avoir était préparé au préalable. Ces histoires sont un reflet de ce qui pourrait vous arriver dans un futur proche... l'apocalypse arrive, lisez mes amis, voyez ce qui vous attend...
A lire sans modération
13/01/2009 16:01 par histoires-fantastiques
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A lire sans modération
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Résumé
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Les critiques : La mort, sa vie, son oeuvre
18/12/2008 00:23 par histoires-fantastiques
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Les critiques : La mort, sa vie, son oeuvre
18/12/2008 00:23 par histoires-fantastiques
TAK (http://nouvelles.forumactif.com/)
Mar 16 Déc 2008
Beuaargh, cette histoire est horrible !
Sincèrement j'ai bcp aimé et encore une fois, je trouve que tu as fait bcp de progrès, Lestat. J'y ai trouvé un peu les memes qualités que dans tes derniers textes (au niveau de la longueur, ça m'a un peu rappelé Trou Perdu), mais avec bcp moins d'imperfections. Je trouve ta plume de plus en plus naturelle et que tu écris avec bcp plus d'aisance, c'est bcp moins tâtonnant et maladroit que ce qu'on pouvait lire de toi y'a qques mois. Le vocabulaire, sans etre incroyablement riche, est bien choisi et traduit parfaitement ce que les images que les mots sont censés véhiculer. Bon, forcément y'a qques coquilles (sur un texte de cette longueur, c'est obligé), mais assez peu pour que ça ne gâche pas le plaisir de lecture. Pour l'histoire en elle-meme, j'ai bcp apprecié, le sujet (là encore très fidèle aux consignes) est pas follement original, mais toutefois très bien traité et matiné d'un petit-je-ne-sais-quoi d'excitant et de scrabreux qui en fait tout le charme. L'horreur monte de façon très progressive et les petites touches morbides ou bien ecoeurantes arrivent tjs à point nommé.
Histoire de faire mon relou, je dirais bien qu'il y a peut-etre qques longueurs...et puis non finalement lol j'ai lu cette trentaine de pages sans m'ennuyer un seul instant et si ça met un peu de temps à démarrer, ce n'est que pour mieux poser le décor, que je trouve très credible et qui pose bien les fondations de cette histoire.
Bref, je ne dis pas que c'est parfait, mais personnellement je n'ai rien à reprocher à ta nouvelle
(qui n'a, soit dit en passant, rien à voir avec celle de Barker lol quoique...).
Excellente histoire le vampire, je te tires mon chapeau !
Dagobert (http://nouvelles.forumactif.com/)
Mar16 Déc 2008
Avis strictement Dagobertien sur ta nouvelle, Lestat :
Tout d’abord, tu as fait de nets efforts dans la vraisemblance de ton récit et la mise en place de ton intrigue, la construction de tes personnages sont convaincantes malgré quelques maladresses dans le déroulement (exemple : je ne pense pas qu’un jeune père de famille, chômeur depuis plus de 4 ans ayant des enfants de l’ado au nourrisson, rechigne à travailler même de nuit. Pour moi, ce n’est pas crédible !) et de grosses fautes d’ortographe.
Parfois, ton écriture est douteuse (genre les homosexuels qui veulent l’enculer à coup de balais… un peu extrême, non ?) et ton personnage à l’air de beaucoup pensé au cul. Bon, pourquoi pas ? mais je ne comprends pas en quoi cela apporte au récit, ou à comprendre ton personnage (bon maintenant que je l'ai finie, en effet, la dimension sexuelle à sa place)
L’entretien d’embauche est assez mal rendu. Et cela ne s’arrange guère par la suite : grosses ficelles, enchaînements plaqués, descriptions grossières. Parfois, un moment de pure grâce, une écriture nerveuse et des situations bien décrites. Mais le plus gros de cette partie, ton texte est truffé de maladresses et tu expliques trop ce qui devrait être léger et pas assez ce qui saute aux yeux. (exemple : il ne demande rien a Balquan sur les manifestants qui font du tapage devant le musée ? Ou aux manifestants eux-mêmes qui portent sur lui, des accusations plutôt graves ?).
Par contre, la première nuit au musée est bien faite, l’écriture est plus souple. Dans la description du factuel, tu es très bon. Tu as trouvé ton rythme d’écriture et c’est bien mieux, tu arrives même à installer le suspens (les délires de Balquan, les frayeurs de Mme Ambroise…) qui emporte le lecteur. C'est bien, très bien et tu tiens ton longueur sur la majorité de l'histoire.Quelques formulations maladroites (trentaine de corps qui s'eparpillaient...) mais une très bonne description de "Marion", juste et réussie. La suite est prenante (bonnes trouvailles, excellente description du "vigile" après l'attaque du chien), fluide, nerveuse. Pas trop de temps mort, un pur bonheur de lecteur. La fin est inattendue, tu n'as pas menagé ta peine pour faire un dénouement qui tient bien la route avec la pirouette finale, la dernière révélation très bien amenée.
Au final, je suis heureusement surpris par ta nouvelle, Lestat et je rejoins Tak, ton écriture prend un dynamisme vraiment convaicant et qui révéle un vrai talent d'auteur. La mise en place de ton scénar est balourd, ça ne marche pas, c'est trop improbable mais une fois les bases posées, tu réussis à créer une histoire soutenue, difficile et complexe avec de nombreux personnages et je dis : Beau Boulot, Lestat !
Catherine Robert (http://nouvelles.forumactif.com/)
Mer 17 Déc 2008
Voili voilou mon avis.
Ce qui est intéressant chez toi, c'est qu'on sent les progrès presqu'à chaque nouveau texte (ça me rendrait bien un peu jalouse, ça). Ton écriture est plus affirmée et ton texte souffre moins des longueurs que l'on trouvait précédemment. Tu arrives aussi à décrire le dégouttant. On a sur certaines scènes un beurk qui vient spontanément à l'esprit. Bien sûr, c'est encore parfois maladroit dans l'écriture et même dans la trame mais c'était plutôt plaisant à lire. Ce qui m'a le plus gêné, c'est la longueur pour que ça démarre vraiment. Par moment, je décrochais carrément et je devais me secouer pour me remettre dedans. Les deux premiers tiers pour enfin arriver à la véritable action.
Mais bon, ça reste un bon moment de lecture.
miss witch (http://nouvelles.forumactif.com/)
Dim 21 Déc 2008
C'était vraiment... très sympa! C'est long, mais ça va, je me suis pas ennuyée. J'ai lu le texte en 3 fois: au premier arrêt, j'avais un vague intérêt pour la suite, et au deuxième, j'avais vraiment envie de la connaître! Bon point donc 
Y a quelques fautes mais sur un texte aussi long, c'est très convenable. Un truc qui m'a frappée: à un moment tu dis "bras dessous bras dessus", mais j'ai toujours entendu et lu "bras dessus bras dessous"... M'enfin c'est vraiment pas grand-chose.
Le thème est respecté. Tout le long ça m'a fait penser au film "Une nuit au musée", avec Ben Stiller, sauf que ton histoire était plus horrible que drôle
Et la scène où on voit qu'il y a quelqu'un dans la baignoire me fait penser au moment, dans le film "Shining", où une femme sort de la baignoire et s'approche. Et la scène du chien et de la femme à la scène où on voit un gars et un autre déguisé en ours (possible que ce soit pas tout à fait ça, j'ai plus trop l'image dans la tête) qui se font une pipe. L'ambiance de ton histoire est assez ressemblante à celle dans "Shining", en fait.
Un truc qui me tracasse... Ca se passe en France si je me trompe pas; est-ce que c'est possible, en France, de s'acheter une arme? Aux Etats-Unis tout le monde peut en avoir une, mais dans notre pays... On voit régulièrement aux infos des personnes qui se font arrêter parce qu'elles détiennent des armes dans leur garage.
Voilà, c'était very very good! 
geofilm (http://nouvelles.forumactif.com/)
Lun 22 Déc 2008
J'ai beaucoup aimé cette nouvelle. Elle m'a fait un peu penser à "La Nuit au Musée" (le chien qui poursuit le héros, comme le tyrannosaure dans le film), "La maison de cire" (les corps qui sont conservés), "Shining" (la scène de la baignoire),... L'histoire est bien. Elle met du temps à démarrer mais ça ne m'a pas gêné. Les descriptions sont très bien faites et on s'image facilement être à la place du héros. Le seul point faible (pour moi) est la scène de l'entretien qui n'est pas très crédible. J'ai beaucoup aimé le retournement de situation à la fin. Bravo !
TiCi (http://nouvelles.forumactif.com/)
Ven 26 Déc 2008
Voilà une nouvelle bien longue, sur laquelle il y aurait beaucoup de choses à dire.
D'abord, saluer les progrès évidents. Sur la première moitié de l'histoire, je me disais que je ne te reconnaissais pas, Lestat.
Je t'ai retrouvé à partir des situations scabreuses zoophiles, qui apportent un côté malsain indéniable, mais entachent ton récit de façon assez inutile (pour moi).
Ensuite, différentes critiques, à contrebalancer par des points positifs :
L'histoire est longue : longue à démarrer, longue à lire. Mais tu en profites pour tout installer assez correctement.
Il y a des coquilles et des maladresses diverses - surtout sur la 2e moitié je crois. Mais tu t'exprimes bien, tu fais bien passer les choses et ton style fonctionne.
Après, l'histoire : bonne idée, très bonne idée.
Mais ce qui s'est passé pour moi, c'est qu'à partir de l'épisode du chien, je n'ai plus rien compris. Et ton texte est un peu long pour une deuxième lecture.
Mes commentaires suivants sont donc à prendre sous réserve de ma bonne compréhension.
Est-ce volontairement, que le récit se décompose et que la structuration disparaît dans la deuxième partie, laissant une impression cauchemardesque ?
Toujours est-il que l'on a du mal à comprendre les tenants et les aboutissants. Ainsi que les réactions de ton personnage. Ce qui donne l'impression de moins de soin et de manque de tenue pour ton histoire.
En particulier, il est un peu facile (ou pas assez bien amené) de faire perdre la mémoire à ton personnage entre son cognement de tête et son reveil de l'accident de voiture. Il faudrait au moins que le lecteur sache combien de temps se sont écoulés. Et puis, qu'a-t-il fait entre les deux ???
Idem pour l'épisode où il a tiré sur l'ancien gardien, révélé seulement à la fin : comment a-t-il pu gommer ça ? Et pourquoi le lecteur n'en a pas été informé du tout ? Et puis, il avait une arme à ce moment ?
Un peu gros aussi le clodo justement marié à une des femmes reconstituées.
Quant à la vente d'arme à feu autorisée ou non en France... C'est surtout la clause spéciale du contrat de travail sur laquelle je me poserais des questions en matière de légalité...
Enfin voilà, une bonne surprise en tout cas, et je conçois que deux mois sont un peu juste pour un projet aussi ambitieux.
Je pense qu'en te centrant sur ton intrigue, tu aurais pu gagner en concision, ne pas perdre ton lecteur à cause de la longueur et des "facilités" que tu emploies, et qui frôlent l'incohérence (citées au dessus).
Et je ne parle pas des manifestants, qui ont leur place ici, mais d'un tas de détails (le clodo, par exemple) ou de phrases qui n'apportent rien et donnent cette fausse impression de lourdeur.
Bon courage pour le concours !
Aegis (http://nouvelles.forumactif.com/)
Dim 28 Déc 2008
Salut Lestat!
Cette nouvelle est très sympathique, je l'ai lu avec plaisir. L'intrigue ce met bien en place tout au long du récit et la chute est bien trouvée. Toutefois, je rejoins Tici concernant la perte de mémoire du héros. Cela aurait été bien de savoir combien de temps Laurent est resté inconscient, car il s'est passé beaucoup de choses pendant ce laps de temps. Enfin à part ça, c'est une bonne nouvelle.
maerlyn (http://nouvelles.forumactif.com/)
Sam 03 Jan 2009
Bon apparemment tout le monde te l'a déjà dit (j'ai lu le topic vite fait) mais il est bon de le répéter; tu progresses vraiment à chaque texte.
Quand j'ai vu qu'il y avait 30 pages, j'étais déjà prêt à t'insulter, mais en fin de compte je ne me suis pas ennuyé. Je trouve que ton histoire se déroule au poil. Tu as très bien maîtrisé ta narration.
Y a du flippant, du malsain, une ambiance bien rendue.
Bref, j'ai kiffé.
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La mort, sa vie, son oeuvre
17/12/2008 22:10 par histoires-fantastiques
Laurent observa l'accoutrement du docteur et il sut.
« C'est vous qui étiez dans la baignoire cette nuit ?
– Je vois qu'on ne peut rien vous cacher. »
Il resserra la ceinture de son peignoir avant de poursuivre :
« La putréfaction est une chose horrible qui vous détruit le corps avec une rapidité déconcertante. J'ai ramené cette saloperie d'un de mes voyages en Afrique. Il ne faut jamais sous-estimer le pouvoir des chamans, je l'ai appris à mes dépens. Je veille tous les jours à ce que cette maladie ne prolifère pas... l'eau bénite à des pouvoirs incomparables, mais pour en ressentir les effets, je dois malheureusement me plier à un rituel éprouvant. C'est un dilemme des plus sordide... je dois choisir entre vivre normalement tout en me laissant dévorer par la décomposition, ou alors, passer les trois quart de mon temps dans une baignoire remplie d'eau bénite afin de conserver mon apparence et rester en vie. Il y a des jours où c'est très difficile pour moi de faire avec. »
L'homme lui adressa un sourire et recouvrit le corps dénudé d'un drap blanc.
« Cela vous choque ? demanda-t-il en désignant le cadavre recouvert.
– Je pense que j'ai vu assez de choses horribles ces derniers temps pour pouvoir dire que non. »
L'homme parut satisfait de la réponse et repoussa le brancard dans le couloir. En revenant dans la pièce, il souffla un baiser à destination de Marion et s'approcha d'elle.
« Ce fut mon plus grand amour, dit-il en caressant les fesses de la jeune femme. Une baiseuse comme je n'en avait jamais connu auparavant... mais je crois qu'elle vous a déjà fait du gringue, précisa-t-il en clignant de l'oeil dans sa direction.
– Assez plaisanté, je veux savoir où sont mes enfants. »
Le rictus de joie du chinois s'éteignit lentement.
« Je pense que je vous dois bien ça... mais je vais laisser ce plaisir à votre charmante femme. »
Il désigna le couloir. Stéphanie était là.
« Que fais-tu ici ?! lâcha-t-il surpris.
– Je suis venue te demander ce que tu aimerais manger pour le repas... »
Laurent lança un regard stupéfait vers le médecin, puis ses yeux revinrent sur sa femme.
« ... tu as le choix entre steak haché frites ou escalope de dinde haricots verts... ah j'oubliais !
je t'ai préparé une tarte aux pommes pour le dessert. »
Elle s'avança légèrement dans la pièce en arborant un air idiot sur la figure. Laurent voulut aller à sa rencontre pour la secouer, mais quelque chose l'en empêcha.
« Tu préfères des oeufs sur le plat ? »
Elle parut tout d'un coup affolée, au bord de la panique.
« Je suis allée les acheter à l'épicerie ce matin... à moins que... (elle réfléchit en levant les yeux au plafond) du lapin à la moutarde !! Je suis sûre que c'est...
– Tu vas la fermer à la fin ! » la coupa-t-il sèchement.
Stéphanie cacha son visage entre ses mains et se mit à sangloter comme une enfant.
« Mais qu'est-ce qu'elle a ? » demanda Laurent en interpellant l'homme de science.
Celui-ci garda son air enjoué et continua à observer la jeune femme sans rien dire.
« Qu'est-ce que j'ai ?! hurla-t-elle en retirant les mains de son visage. J'ai juste envie que tu me baises toute la nuit, que tu me bourres par tous les trous ! »
Elle fit glisser sa langue sur ses lèvres et se caressa grossièrement l'entrejambe. Choqué, Laurent s'approcha d'elle pour la gifler. Le choc fut si violent que Stéphanie alla s'aplatir sur le sol.
« Stupéfiant vous ne trouvez pas ? » commenta l'asiatique qui s'était mis à applaudir en spectateur averti.
Laurent sortit son arme et la braqua sur lui.
« Fermez-là ou je vous fais sauter la cervelle ! »
Cette déclaration ne fit qu'accentuer le rictus hilare de Whang Lee.
« Vous êtes exceptionnel c'est indéniable, fit celui-ci. »
Laurent le quitta des yeux un instant et s'intéressa à Stéphanie. Ce qu'il vit alors lui arracha un cri d'horreur. L'empreinte de sa main était comme incrustée dans la joue droite de sa femme, on aurait dit un moule à gâteau en forme de coquille Saint-Jacques.
« Stéphanie ! Mais qu'est-ce que tu as ma chérie ?! »
Il voulut s'approcher d'elle.
« Elle est morte Monsieur Ferdinan. »
Laurent s'arrêta et ses yeux s'agrandirent de surprise et d'épouvante. Le visage de Stéphanie commença à s'affaisser du côté droit et la peau de sa joue vint s'étaler sur sa poitrine. Elle balbutia quelques mots incompréhensibles, altérés par la difformité soudaine de son faciès.
« Elle est morte, répéta l'homme, et vos enfants aussi.
– Vous avez perdu la tête, fit Laurent en le dévisageant.
– C'était un stupide accident... ils sont morts sur le coup.
– Mais elle n'est pas morte regardez ! Elle bouge ! » dit-il en pointant un doigt sur Stéphanie.
Elle frétillait comme un poisson.
« Je sais, c'est incroyable... je suis incroyable ! » clama Whang Lee en s'esclaffant bruyamment.
Il extirpa une enveloppe de son peignoir et en éparpilla son contenu sur le sol. Des photographies se dispersèrent un peu partout et le regard de Laurent s'arrêta sur celle qui tomba à ses pieds.
« Vous n'avez quand même pas oublié notre contrat ? En cas de décès, le corps de votre femme nous revenait de droit. »
Laurent ne fit pas attention à Whang Lee, sa voix lui parut lointaine et totalement étrangère au moment présent... il n'y avait que cette photo qui comptait et il se pencha pour la ramasser. Sur le cliché, on pouvait voir une voiture accidentée, elle était noire et complètement détruite. Le toit avait été découpé et on apercevait une silhouette sombre derrière le volant. À l'arrière, sur la banquette, un siège auto à moitié carbonisé contenait encore le corps d'un enfant ravagé par les flammes. Au centre de la photo, une main pâle - complètement surréaliste au milieu de cet habitacle calciné - était encore cramponnée au dossier du siège passager. C'était celle de Kathi. Sa fille avait toujours agrippé le fauteuil de cette manière lorsqu'elle avait peur en voiture. Laurent se prit la tête entre les mains et son hurlement ne ressembla à rien d'humain.
Autour d'eux, les cadavres se mirent brusquement à applaudir en se saluant les uns les autres, comme une bande de vieux copains, heureux de se retrouver après plusieurs années de séparation. Au bord de la folie, Laurent dirigea son arme sur les spécimens agités et tira plusieurs fois, amputant une jambe au cycliste et un bras au penseur de Rodin. Il s'avança ensuite vers Marion, et pointa son arme sur sa tête.
« Je continue ? »
L'espace d'un instant, Whang Lee parut troublé, puis, très vite, son angoisse finit par disparaître.
« Je m'en balance comme de l'an quarante, (Marion tourna la tête dans sa direction et lui jeta un regard noir), je la referai telle qu'elle était, j'en ai le pouvoir... vous n'avez qu'à regarder votre charmante femme, c'était un tas de merde infâme et j'ai dû ramasser ses restes à la pelle.
– Ordure ! »
Laurent appuya sur la gâchette et la tête de Marion se désintégra comme une vulgaire citrouille d'halloween. Les débris cérébraux de la jeune femme jonchaient maintenant la pièce de part en part, mais Whang Lee resta impassible. Laurent tomba à genoux et les larmes troublèrent sa vision. Que lui restait-il à présent ? Dans un geste désespéré, il retourna l'arme contre lui.
« Ne faites pas ça ! Nous avons besoin de vous ! » cria le docteur, le visage déformé par la peur.
Laurent se rappela la dernière fois où il avait vu ses enfants. C'était une fin d'après-midi, une de celles qui vous conforte dans l'idée que la vie est belle et que rien ne peut vous arriver, et que vous serez encore là l'année prochaine, puis l'année d'après...
« Vous avez raison », fit-il en pointant son arme sur le docteur.
Il y eu deux détonations et l'homme s'écroula lourdement sur le sol sous l'oeil médusé des macchabées qui se mirent aussitôt après à converser à voix basse. La rumeur monta doucement, pour finir par se taire sans jamais avoir dépassé le stade du murmure incompréhensible. Laurent observa le corps de Whang Lee un long moment, puis se releva avec l'énergie du désespoir. Ses yeux hagards parcoururent la salle. Le 33 tours tournoyait dans le vide et les cadavres étaient à nouveau d'un calme inquiétant... près de la porte du couloir, Stéphanie nageait dans une marre de liquide doré, aussi nauséabond que la gangrène. Son oeil gauche était vitreux et sa bouche était déformée en un horrible rictus de douleur. Il lui restait une seule balle dans le barillet, mais avant d'en finir, il avait une dernière chose à faire... dire adieu à ses enfants. Il laissa l'horreur derrière lui et s'engagea vers la sortie.
En passant devant le deuxième étage, il revit le chien de l'autre nuit. Il était occupé à grimper la jeune demoiselle au visage arraché, celle-là même sur laquelle Whang Lee exerçait encore ses talents il y a quelques minutes. Laurent poursuivit sa route, laissant derrière lui les deux amants improbables. Quand il atteignit l'accueil, Henry Balquan se tenait derrière le comptoir.
« Alors, lui lança le vieil homme, vous arrivez au terme de votre misérable vie ? »
Laurent s'immobilisa à quelques mètres et regretta de n'avoir qu'une seule balle.
« Vous savez, continua-t-il, la mort n'est que le commencement d'une longue existence. Grâce à notre maître, nous traversons le temps... c'est lui qui s'est chargé de me « retaper » après ma mort... c'est que vous n'y êtes pas allés de main morte mon salaud.
– Qu'est-ce que vous racontez ? »
Les souvenirs se bousculèrent dans sa tête.
« Le soir où je suis revenu vous voir avec ma bouteille de whisky de douze ans d'âge, vous m'avez quasiment vidé un chargeur sur la gueule. Bon d'accord, il faisait noir et j'étais complètement bourré, mais quand même... »
Il se mit à rire.
« ... à mon avis, vous deviez chier dans votre froc et vous avez eu la peur de votre vie en me voyant me dandiner dans le couloir. En attendant, mon cadavre est resté toute la nuit à se vider de son sang et c'est Albert Villier qui m'a trouvé le lendemain, étendu dans le corridor du troisième.
– Taisez-vous sombre merde, je ne vous ai jamais tiré dessus.
– Dans ce cas, comment expliquez-vous que vous ayez une arme ? Ne me prenez pas pour un imbécile, vous n'êtes pas amnésique, vous ne l'avez jamais été, vous vous cachez la vérité parce que nous savons très bien vous et moi que vous ne la supporteriez pas. Vous m'avez tué, certes c'était un regrettable accident, mais vous l'avez fait, puis ensuite, vous vous êtes tiré comme un lâche. »
Le visage d'Henry Balquan exprimait le mépris. Ses yeux se braquèrent soudain en direction des escaliers. Whang Lee était là, aussi vivant qu'une rue pleine de badauds. Il était complètement nu et son corps ruisselait à grosses gouttes. Les impacts de balle étaient encore visibles, mais ils n'étaient plus que deux petits creux insignifiants, comme des empreintes de pas dans une neige peu épaisse. Laurent n'en croyait pas ses yeux. L'asiatique parcourut les dernières marches et rejoignit les deux hommes.
« Ce que je propose mon cher Laurent, c'est une merveilleuse alternative, une renaissance... mais pour que cela fonctionne parfaitement, il faut avoir une très forte personnalité. La plupart de mes enfants n'en ont pas ou très peu et se révèlent de véritables pantins une fois réveillés. Ils pleurent quand je leur dis de pleurer, il se mettent en colère quand je leur dis de se mettre en colère... démonstration ? »
Laurent ne répondit pas, mais Whang Lee ne lui en tint pas rigueur.
« Henry, pouvez-vous ouvrir la porte d'entrée s'il vous plaît ? »
Le vieil homme quitta docilement sa place et alla ouvrir. Un courant d'air froid pénétra alors dans le hall en propulsant des monceaux de feuilles mortes.
« Maintenant, placez votre main gauche sur la chambranle et refermez la porte aussi fort que vous le pouvez. »
Sous le regard ébahi de Laurent, Henry Balquan obéit. Il ne cria pas, mais les phalanges de sa main furent complètement écrasées. Whang Lee lui intima l'ordre de recommencer, encore et encore, jusqu'à ce que Laurent l'ait supplié d'arrêter. Balquan n'avait plus de doigts, ceux-ci traînaient au sol, dans une mare d'or en fusion.
« Ne vous méprenez surtout pas... sous son air bête et obéissant, Henry Balquan est l'une de mes plus belles réussites. Il a conservé presque tout ses souvenirs et parvient à ressentir une grande variété de sentiments... mais malheureusement, pas la moindre trace d'amour en lui. »
Il s'interrompit et son regard se posa sur un vieux tableau du hall représentant un champ où couraient des chevaux. Balquan était à genoux et ramassait ses morceaux.
« Lorsque Marion est morte en 1972, déclara Whang Lee, j'étais totalement anéanti et une idée absurde s'était soudain manifestée à moi. J'étais persuadé que je pouvais la faire revenir... j'ai cru à cette idée, tellement que j'ai fini par réussir, au grand dam de mes confrères de l'époque. Malheureusement, Marion n'était plus l'être que j'avais connu. Elle n'était plus qu'une simple marionnette, exempt de tout sentiment... elle n'éprouvait aucun amour, que ce fût pour moi ou tout ce qui l'entourait et n'avait gardé aucun souvenir de sa vie. J'ai cependant renoncé à m'en séparer et j'ai voulu la garder près de moi, comme mes cobayes écorchés d'Afrique. Je savais déjà à cette époque, que le chemin pour arriver à ce que je voulais, serait long et parsemé d'embûches. Quand mon ami Albert Villier nous a quitté quinze ans plus tard, il avait laissé sa dépouille à ma disposition... je me rappelle encore ses mots avant qu'il ne meurt : « Je te laisse mon corps de jeune premier... si après ma mort, tu vois que je ne suis plus l'être que tu as aimé... s'il te plaît, fous-moi au fond du trou et payes-moi une pierre tombale. » Lorsqu'il fut revenu, Albert avait conservé tout ses souvenirs, mais l'affection qu'il éprouvait pour moi s'était inexplicablement envolée. Là aussi, j'aurais dû le laisser croupir au fond de la tombe... mais mon amour pour lui fut le plus fort et je n'ai pu me résoudre à respecter ses dernières volontés. »
Il s'arrêta de s'exprimer un instant et fit courir ses doigts sur sa poitrine, à l'endroit où quelques minutes plus tôt, deux balles avaient perforé sa peau. Brusquement, il se pencha en avant et rejeta de sa bouche deux petits projectiles sanglants dans le creux de sa main.
« Vous savez, poursuivit-il en les jetant négligemment par-dessus son épaule, jusqu'à ces dernières semaines j'avais passé ces trente dernières années à poursuivre ce que j'avais commencé à prendre pour une chimère. Votre femme m'a prouvé que mon rêve n'était pas vain. Aussi étrange que cela puisse paraître et malgré qu'elle soit l'un de mes plus grands échecs, Stéphanie n'a pas totalement gommé l'amour qu'elle éprouvait pour vos enfants. Ceux-ci lui manquent. Depuis qu'elle erre dans votre appartement vide, elle pleure quasiment toute le temps, je n'ai encore jamais vu cela chez mes précédents spécimens. Votre femme est plongée dans une profonde dépression qui ne s'arrêtera jamais. Le pire, c'est qu'elle serait incapable de vous dire pourquoi elle se morfond de la sorte et même si vous lui présentiez vos deux enfants devant les yeux, elle ne les reconnaîtrait pas. Comme grand nombre de ressuscités, sa mémoire a été altérée par la résurrection... elle sait que vous êtes son mari, mais pour ce qui est de ses enfants, c'est comme si elle n'en avait jamais eu... et pourtant, ses petits chérubins n'étaient pas si loin. »
Whang Lee écarta les bras, comme s'il s'apprêtait à présenter un tour de magie, et la porte qui donnait sur le sous-sol s'ouvrit derrière eux, laissant place à une scène insoutenable. Kathi apparut, son visage avait été ravagé par les flammes et ses cheveux avaient été réduit à néant. Son regard était vide de toute expression et ses lèvres avaient disparu, emportées par la fournaise. Elle tenait contre elle son petit frère, celui-ci gigotait et tentait de saisir le collier en argent de sa grande soeur, seule matière encore présente sur le corps meurtri de la jeune fille. Nicolas ressemblait à un morceau de charbon de bois pourvu de membres, les sangles de son siège auto le ceinturaient encore. Laurent poussa des hurlements inhumains et Kathi s'approcha de Whang Lee qui serra aussitôt les deux enfants contre lui.
« Je n'ai pas pu me résoudre à les abandonner dans leurs cercueils, fit Whang Lee. Ma gentillesse me perdra. Je sais qu'ils ne faisaient pas partie du contrat, mais je suis sûr que vous saurez apprécier ce geste. Ne vous inquiétez pas, ajouta-t-il quand il vit le visage de Laurent se décomposer, je vais les remettre en état d'ici peu pour que vous puissiez en profiter mon cher Laurent, mais ne vous attendez pas à se qu'ils ressentent de l'amour pour vous, ils ne savent même pas qui vous êtes.
– Oh mon Dieu, c'est un véritable cauchemar ! s'égosilla Laurent en tombant à genoux.
– J'avais cru comprendre que vous ne croyiez pas en Dieu ? »
En rien de temps, Laurent mit le canon du revolver dans sa bouche et appuya sur la gâchette. La détonation fut assourdissante et les enfants sursautèrent. La balle traversa la tête et ressortit pour venir se loger dans le grand miroir du hall en le fissurant dans toute sa largeur. La puissance du coup de feu le propulsa violemment en arrière et il alla s'étendre sur le carrelage glacé, sous les yeux de la petite assemblée. Surexcité, Whang Lee se tourna vers Balquan :
« Vous avez vu ce qu'il a fait ?! »
Le vieux réceptionniste resta immobile, comme un jouet sans piles, les bras raides comme des piquets de clôture. Whang Lee pesta contre lui :
« Pauvre guignol, ce n'est pas vous qui pourriez faire une chose pareille. »
Il recentra son regard sur Laurent. Celui-ci avait les yeux fermés et la bouche grande ouverte, son corps était encore agité de soubresauts, qui finirent par s'arrêter. Henry Balquan sortit alors de son inactivité et s'approcha de lui pour faire le signe de croix. Whang Lee l'écarta d'un geste agacé et se pencha sur le corps du suicidé avec une expression de profond respect :
« Au milieu de toutes ces émotions, j'ai oublié de vous dire une chose importante mon cher Laurent... le jour où votre femme et vos enfant sont morts... vous étiez également dans la voiture. »
Les paupières de Laurent se soulevèrent.
« Si vous étiez tombé sur la bonne photo, vous auriez compris aussitôt. Votre femme a été la première à être désincarcéré du véhicule. »
Le regard de Whang Lee débordait d'admiration.
« Vous êtes tellement exceptionnel pour moi... depuis le jour de votre mort, vous n'avez cessé de me surprendre, vous êtes l'aboutissement d'un rêve... vous avez conservé tout ce qui faisait de vous un être vivant, vous ressentez les choses, vous aimez vos enfants, votre femme et surtout, vous êtes totalement indépendant, libre de tout contrôle... vous êtes un véritable miracle !! »
Stéphanie apparut dans le dos du docteur, son visage était monstrueux. Elle s'avança et s'agenouilla près de son mari. De sa main, elle tira sur la peau de sa joue pour pouvoir articuler quelques mots :
« Ne t'inquiètes pas mon chéri, Monsieur Whang Lee va nous arranger ça, puis nous rentrerons tous les deux à la maison. »
Laurent se redressa sur ses coudes et passa une main derrière son crâne. Ses cheveux étaient englués dans une matière visqueuse qui lui coula immédiatement dans le dos. L'odeur lui parvint enfin et il comprit l'horrible vérité. Son cri dévasta le hall.
« Vous êtes tout simplement incroyable Laurent. »
Bez et Esparon
Du 12 Octobre au 15 Décembre 2008
© ® Auteur : Eric Fesquet, texte déposé.