Ménagère de moins de 50 ans
10/05/2008 22:59 par histoires-fantastiques
- Vous avez entendu les enfants ?! On va partir d'ici pour habiter tout près de papy et mamy !Christiane ne peut s'empêcher de rire devant l'étalage d'allégresse de sa fille.
- Tu es trop bonne maman, jamais je ne pourrai te remercier comme tu le mérite...je t'aime ma petite maman...
Visiblement très émue, l'émotion de la jeune fille est partagée entre rires et pleurs. Christiane continue de fixer le poste de télévision qui transmet des images de la rue St-Joseph, de son propre immeuble puis de la fenêtre du jeune écrivain, elle constate contrariée que des carreaux sont brisés.
- Votre présence près de nous...voilà le plus beau cadeau que tu puisse me faire Sandrine. Dit-elle.
- L'ancien locataire est parti pour une autre région ? Lui demande sa fille.
Christiane doit se mordre la main pour contrôler un fou rire. La douleur la calme immédiatement.
- On peut dire ça oui...il avait besoin de changer d'air...je vais devoir te laisser ma chérie, ton ogre de père à besoin de manger ce soir, je vais faire quelques courses chez Bénicasino.
Dehors le ciel semble vouloir s'éclaircir un peu, un rayon de soleil viens s'abattre sur le sol de la cuisine.
- Maman...j'ai tellement envie de vous voir.
- Bientôt Sandrine, commence à préparer tes cartons si tu déprime trop, ça te remontera le moral , dit Christiane d'humeur joyeuse.
- Je te rappelle dès que j'ai du nouveau. Ajoute-t-elle.
- Pas de problème pour le moral maman, il remonte en flèche ! Gros bisous à vous deux mes chers parents !
- Embrasse bien les enfants pour nous ma fille, je t'aime.
- Bye maman...
- Bye mon enfant...Christiane raccroche avant sa fille et s'en va vers le balcon son paquet de clope en main. Elle s'accoude à la rambarde et contemple le ciel qui n'est plus voilé que par quelques nuages, en bas, la rue Rodchild, à l'opposée de St-joseph, grouille de badaud. Une petite bise fraîche lui caresse les jambes, elle enlève la serviette entourant sa tête et profite du soleil pour finir de séché ses cheveux. Elle s'allume une énième cigarette tout en fredonnant un air des Rolling-stone. Le visage de la dame affiche un sourire radieux.
Jeudi 22 Novembre
Appartement 317
7h00 du matin
Le réveil sonne dans la chambre de l'appartement 317, Christiane tend sa main pour interrompre la sonnerie, elle travaille à 8h30 aujourd'hui. Antoine dort profondément à côté d'elle, c'est son jour de repos. Il est rentrer très tard hier soir, elle était déjà coucher. Elle se hisse hors du matelas, pose ses pieds au sol et enfile sa robe de chambre en aveugle dans l'obscurité. Dans l'incapacité de retrouver sa deuxième pantoufle elle sort de la chambre pied nus et referme délicatement la porte derrière elle. Dehors il fait à peine jour. A la cuisine elle met en route la cafetière et allume le téléviseur. A l'écran s'agite un présentateur qui vante les mérites de fenêtres incassables. Assise, Christiane se prépare ses petites tartines à la confiture de fraises. Elle est rayonnante, dans moins d'une semaine Sandrine et les enfants viennent s'installer dans l'appartement voisin. 8h15, Christianne entend du bruit dans la chambre, son mari se réveille...elle a un peu de temps devant elle pour lui apprendre la bonne nouvelle...elle est toute excité. La porte s'ouvre et le visage encore apathique mais également interloqué d'Antoine apparaît. Il s'avance jusqu'à son épouse qui ne saisis pas encore le sens du regard stupéfait de son mari.
- Tu peut me dire ce que ce truc foutait sous le lit ? Il tend à sa femme une petite boite en carton d'un certain poids, portant l'inscription «20 cartouches FIOCCHI calibre 357 magnum 158 grs JSP semi-blindées», sur le côté est affiché la photo d'un projectile d'arme à feu.
Surprise, Christiane ouvre des grands yeux affichant la détresse.
- Oups...
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© ® Auteur : Eric Fesquet, texte déposé.
Ménagère de moins de 50 ans
10/05/2008 22:57 par histoires-fantastiques
Il se penche vers elle et l'embrasse sur la joue.
- Et toi ça va aller ? Malgré le peu d'émotion ressentit par sa femme, Antoine s'inquiète pour elle, après tout, ils connaissaient le pauvre Robert depuis plusieurs années.
- Ne t'inquiète pas pour moi Antoine, lui dit la dame avec un petit sourire sur les lèvres.
- Très bien, à ce soir alors..., dit le mari nullement rassuré par ce sourire alarmant, dans le couloir les bruits on cessaient, le cadavre du jeune homme devait être bien loin maintenant. Antoine ouvre la porte d'entrée et sort dans le corridor sans un regard pour sa femme toujours assise. La porte se referme derrière lui.
Mercredi 21 Novembre
Appartement 317
9h35 du matin
Christiane sort de la baignoire et s'entoure d'une serviette de bain de couleur rose. L'eau du bain s'écoule lentement par l'évacuation. Elle s'entoure la tête d'une seconde serviette et pieds nus, se dirige vers la salle à manger. Au loin, peut être dans le vestibule, elle entend une femme qui pleure, consolée par une autre personne, de sexe masculin celle-ci. Sans plus de considération pour le chagrin de cette dame, elle s'empare de son téléphone portable, s'installe sur le canapé en croisant ses jambes et compose un numéro de téléphone, à la troisième sonnerie l'interlocutrice décroche.
- Allô ? C'est une voix de jeune femme.
- C'est maman ma chérie, comment va tu ?
- Oh maman ! Je suis si contente d'entendre ta voix ! Des pleurs au bout du fil. Ca ne va pas fort ici, je n'arrive pas à joindre les deux bouts...je n'ai plus un sous et nous ne sommes que le 21...je vient de recevoir un avis d'expulsion maman...qu'allons nous faire les enfants et moi ? Nous allons nous retrouvé à la rue !? La jeune femme est bouleversée, en fond sonore un enfant pleure et un autre semble s'amuser avec un jouet musical. Christiane reste impassible, puis peu à peu, un léger sourire semble se dessiné sur sa bouche encore humide.
- Ne dit pas de bêtises ma fille, ton père et moi sommes la pour veiller sur vous...a ce propos, je t'appelais pour te donner une bonne nouvelle...un appartement va enfin ce libéré dans notre immeuble.
- Maman tu plaisante ?! Christiane éclate de rire.
- Bien sur que non voyons...et tu sais quoi ? L'appartement ce trouve juste en face de chez nous. Ajoute Chritiane sans attendre la réponse de sa fille. Nouveau pleurs au bout de la ligne.
- C'est un miracle...merci mon dieu ! Je suis si heureuse maman !
- Tu n'auras plus besoin de payer une nourrice après l'école, mamy Chris se fera un plaisir de garder ses p'tits enfants ! En plus le loyer ici est modérer, au moins 100 Euros de moins que ce que tu payais là-bas. Christiane sort du canapé et s'en va vers la cuisine, son paquet de cigarette trône toujours sur la table et la télévision diffuse un flash d'information sur le suicide d'un célèbre écrivain, Robert Stephen, âgé de 32 ans.
- Maman...tu es certaine que ce logement sera pour nous ? Il y a peut être d'autres personnes en attentent...La joie de la jeune fille semblait retomber à l'énoncer de sa question.
Christiane monte légèrement le son du téléviseur.
...Robert Stephen auteur de «Une vie sans toi» ou encore «Vol au dessus d'un nid de poule» viens de mettre fin à ses jours dans un appartement de la rue St-joseph tôt ce matin. Après la mort accidentelle il y a quelques mois, de sa femme et de ses deux enfants, le jeune écrivain s'était enfermer délibérèrent dans la solitude et dans «une dépression irréversible» dira son agent Richard King, son dernier...
- Maman tu m'écoute ?
- Oh pardon ma chérie, Christiane baisse complètement le volume du téléviseur, pour le logement pas de soucis, j'ai tellement harceler le propriétaire pour appuyer ta demande qu'il m'a même signé un papier sur l'honneur mentionnant que le premier appartement libre serai pour les enfants et toi.
Nouveau cri de joie, cette fois plus intense au bout du fil.
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Ménagère de moins de 50 ans
10/05/2008 22:50 par histoires-fantastiques
Mercredi 21 Novembre
Appartement 317
7h14 du matin
Un coup de feu retentit dans le bâtiment de la résidence «Victor Hugo». Antoine, le mari de Christiane se redresse brusquement dans le lit conjugal.
- Nom de dieu !!
Le regard perdu dans l'obscurité de la chambre, il tend la main à la recherche de l'interrupteur de sa lampe de chevet. La lumière jaillit dans la pièce exiguë aux motifs sans intérêt. A ses côtés sa femme semble endormie et lui tourne le dos.
- Chris tu as entendu ?! Chris ?! Demande Antoine sur un ton un peu trop énergique.
- J'ai bien entendu quelque chose oui..., lui répond Christiane sans bouger le petit doigt. Mon abruti de mari qui me reveille le seul jour ou je peut dormir un peu.
Sans prêter attention aux paroles cassantes de sa femme, il se léve, enfile un pantalon et un tee-shirt taché de sauce tomate.
On aurai dit un coup de feu...Dit-il en faisant ses lacets, mais Christiane reste imperturbable sous la couette. Il tend l'oreille...des voix puis un cri féminin aigu lui parviennent du couloir de l'étage.
- Je vais voir se qui ce passe Chris.
Il sort de la chambre sans prendre la peine de refermer derrière lui ni d'éteindre la lumière. Christiane entend la porte d'entrée claquer...elle ouvre les yeux...se lève, enfile sa robe de chambre et sort de la pièce après avoir éteint la lampe de son mari. Arrivée à la cuisine, elle presse le bouton du 36 cm perché sur le réfrigérateur et met en route la cafetière. Tranquillement elle se prépare ses petites tartines à la confiture de fraises tout en zieutant de temps en temps sur la série américaine diffusée tout les matins sur la première chaîne. Après sa dégustation elle allume une cigarette tout en sirotant son café. Sur l'écran de télévision elle peut apercevoir l'heure...7h30, affiché discrètement dans un angle. Dehors le temps est toujours maussade mais il ne pleut plus. Dans le corridor le brouhaha des voix est palpable mais beaucoup moins persistant, Christiane perçoit une lointaine sirène, ambulance, gendarmerie ? Elle l'ignore.
7h35...Antoine pousse la porte d'entrée, son visage est hagard et son teint cadavérique.
- Tu ne devinera jamais ce qui c'est passé...Dit-il visiblement abattu. Sa femme lui tourne le dos, assise sur sa chaise, les yeux rivés sur l'écran. Son mari jette un coup d'oeil sur le téléviseur lui aussi, mais ne voit rien de très passionnant. Dans le vestibule un va et vient incessant, des murmures, des voix plus prononcées...Antoine referme derrière lui.
- Je ne joue pas aux devinettes Antoine, lui répond Christiane toujours clouée dans la même position. Son mari, comme bien souvent, ne prête pas attention aux remarques sarcastiques de sa bonne femme.
- C'est Robert...il...il est mort...il s'est fait sauter la cervelle au revolver.
- Le pauvre homme, lui répond Christiane sur un ton neutre. Mais ça ne me surprends pas...il avait énormément de mal à surmonter la tragédie...j'ai bien tenter de lui remonter le moral mais c'était peine perdue, Robert était au bout du rouleau.
Elle pioche une autre clope dans son paquet et l'allume dans la foulée puis elle se retourne enfin vers son mari. La face d'Antoine est pâle et dégoulinante de sueur.
- Tu sais, lui dit sa femme, c'est peut être mieux comme ça...il s'en est aller retrouver sa petite famille, Christiane se détourne de lui et recentre sa vigilance sur la série nord-américaine.
- Boit ton café, il ne doit pas être bien chaud maintenant, ajoute-t-elle.
Stupéfait par la froideur de sa femme face au suicide de leur voisin, Antoine s'assied lui aussi et entame sa boisson refroidie.
- Tu as sans doute raison après tout, lui dit-il, c'est peut être une bonne chose, mais quand même... un gas si gentil et si jeune...c'est malheureux. Il y en a partout a ce qu'il paraît, même dans la rue...mais je ne suis pas aller vérifier.
- De quoi parle tu ? Lui demande Christiane qui fait tomber ses cendres dans le cendrier en verre.
- De quoi je parle ?! Vociféra Antoine, exaspérer par sa femme. Mais tu plane complètement aujourd'hui ! Je te parle de sa cervelle, son crâne, sa tête ! Explosait ! Agacé par sa compagne il jette un coup d'oeil à la pendule...7h40.
- Je doit y aller...c'est la première fois depuis 10 ans que je suis presser et heureux de partir bossé, il quitte sa chaise, enfile sa veste puis attrape ses clefs de voiture. Cristiane se retourne à nouveau et fixe son mari dans les yeux.
- M'attend pas pour midi, lui dit-il, j'ai besoin de changer d'air, ça ira mieux ce soir.
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Ménagère de moins de 50 ans
10/05/2008 22:41 par histoires-fantastiques
Attendre la mort de cette manière...c'est inhumain ! ! A votre place je n'attendrai pas que dieu daigne me rappeler à lui...j'irais à sa rencontre par tous les moyens... et peu importe vos rêves étranges, votre femme et vos enfants vous attendent là-haut cher voisin.
Robert se redresse les yeux pleins de larmes, il s'essuie d'un revers de manche. Il tend ses mains vers celles de Christiane et les lui prend chaleureusement.
- Mais vous ne comprenez pas Christiane... il ne faut pas jouer avec ce genre de choses... mon rêve me dit de jouer à la roulette russe tous les matins avec cet affreux costard noir pour vêtement... un rêve prémonitoire, voilà ce que c'est ! J'y crois...j'ai déjà vécu cela il y a quelques mois...toute ma petite famille à était anéantit dans un accident de la route... et je l'ai vu en rêve...dans les moindres détails et...tout...tout à fini par arriver, Robert ce remet à pleurer, le visage de Christiane reste impassible.
- Je suis persuadé que si je vais à l'encontre de ma vision, je n'arriverai pas à les rejoindre...
Reprenant ses esprits Robert propose une nouvelle tasse de café à sa voisine, celle-ci décline l'offre poliment. Sortant d'un mutisme prolongé la dame demande à Robert l'autorisation de fumer une cigarette. Celui-ci, non fumeur, approuve néanmoins d'un signe de tête.
- Je n'en est plus rien à faire, je serai mort bien avant qu'un cancer ne s'intéresse à moi.
Dit-il sans aucune émotion.
Cette remarque fit sourire Christiane. Elle sort son paquet de son sac à main et en retire une de ces cigarettes aromatisé à la menthe qu'elle allume dans la foulée. Les effluves prononcés de la tige incandescente envahirent très rapidement l'atmosphère du séjour.
- Mais dites moi Robert, dit-elle en recrachant la fumée, cela peut prendre un certain temps avant que votre dessein ne touche au but...1 chance sur 6 ce n'est pas beaucoup.
Robert se lève pour prendre sur le buffet un cendrier en forme de sabot qui d'ordinaire faisait plutôt office de décoration. Reprenant sa place, il le tend à sa partenaire de table.
- Je sais que cela paraît insensé mais c'est comme ça que je vois les choses, lui dit-il, et j'attendrais le temps qu'il faudra Christiane...
Le regard déterminé du jeune homme faisait peur à voir. Âgé d'une trentaine d'année, il aurait pu être bel homme si son visage mal rasé n'était pas marqué par la fatigue, le mal de vivre et le chagrin. Robert consulte l'horloge du séjour...7h46.
- Vous m'excusez, je vais devoir enlevé cet abominable costume mortuaire avant de partir pour mon rendez-vous...je ne sais même pas pourquoi je continue à faire cette promo. Dit-il commençant déjà à dénouer sa cravate tout en quittant sa chaise.
- Pas de soucis, je dois également aller faire ma besogne chez madame Marjorie au quatrième.
Dit Christiane en se redressant puis en repoussant sa chaise contre la petite table...elle lance un dernier regard sur la table ou demeure le 357 magnum de Robert puis emboîte le pas du jeune homme visiblement pressé de se débarrasser de son accoutrement. Arrivée sur le palier la femme se retourne.
- On se voit jeudi Robert ? Dit-elle prenant un air triste.
- Peut-être...lui répond l'homme, bonne journée Christiane.
- Vous de même...et encore merci pour le café...
Robert referme la porte et laisse la dame toute seule dans le couloir du troisième étage. Celle-ci virevolte et ce retrouve en face de son propre appartement. Elle tend la main et baisse la poignée pour y pénétrer...avant de refermer derrière elle, Christiane murmure quelques mots obscurs.
- C'était moins une.
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Une nuit sur la terre
10/05/2008 21:58 par histoires-fantastiques
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Une nuit sur la terre
10/05/2008 21:58 par histoires-fantastiques
Une nuit sur la terre
Par Eric Fesquet
Une porte claqua dans la maison. Allongé dans son lit, David ouvrit brusquement les yeux. Les volets de la chambre étaient restés ouverts et une faible luminosité arrosait les rideaux aux motifs fastidieux. À demi-conscient, il jeta un regard inerte sur le cadran numérique du réveille-matin... 1h55. Nonchalant, le jeune homme laissa glisser une main à ses côtés pour caresser Stephanie, mais la jeune fille n'était plus là et sa place était froide. Surpris, il se redressa sur ses coudes. Au-delà du matelas, la porte de chambre était grande ouverte. En prêtant l'oreille, il parvint à saisir des murmures qui semblaient provenir du corridor. Peut-être qu'elle ne se sent pas bien. Plus tôt dans la soirée, ses amis et lui avaient picolé plus que de raison en regardant un navet de série Z à la télévision. D'ordinaire Stephanie ne tenait pas l'alcool. David se leva péniblement et enfila son jean et son tee-shirt, la tête encore plein d'ivresse. Ses pantoufles aux pieds, il contourna le lit et s'avança pour passer la tête à travers l'embrasure de la porte. Le couloir était presque aussi obscur qu'un tunnel et la faible lumière, suspecte et inégale qui lui parvenait du rez-de-chaussée ne lui suffisait pas pour distinguer quelque chose dans la pénombre. Les chuchotements se poursuivaient et paraissaient provenir du séjour, juste en bas. Mais qu'est-ce qu'elle fout nom d'un chien ?! Quittant la pièce, il s'avança dans le couloir et dépassa la chambre de ses parents, partis en week-end à la montagne. Un courant d'air glacial le saisit brusquement. Dans le passage aucune lumière ne filtrait, les portes étaient toutes closes... toutes, excepté celle de la chambre d'amis près des escaliers. Celle-ci était entrouverte. Ses copains, Nicolas et Sébastien, y étaient restés dormir après qu'ils aient maté le film tous ensemble.
« Eh les gars ?! Vous me prenez pour un enfoiré de chie la trouille ou quoi ?! » cria-t-il dans la maison silencieuse.
Quelle bande de cons. Une pensée soudaine et incongrue lui traversa l'esprit : et si ses deux copains étaient quelque part dans la maison en train de faire mumuse avec sa petite amie ? Arrête tes conneries David, t'es complètement cinglé. Il continua de progresser et ses savates commencèrent à produire un bruit étrange, comme si elles pataugeaient dans un liquide poisseux. J'espère pour eux que c'est pas de la gerbe, pensa-t-il irrité. Ne s'arrêtant pas sur le palier de la chambre d'amis, il se retrouva face aux marches qui descendaient dans le salon. En bas sur le buffet, la télévision était allumée. Laurent Baffi balançait des vannes cinglantes aux invités inconscients de « Tout le monde en parle ». La porte d'entrée était grande ouverte et des feuilles mortes pénétraient dans la pièce à grand renfort de rafales de vent. Personne sur le canapé et personne non plus sur les deux fauteuils que ses deux copains occupaient encore il y a quelques heures. La table basse était truffée de verres à whisky et celui de Nicolas était encore à moitié plein. Des paquets de chips à la bolognaise entamés, traînaient çà et là agités par le souffle glacial. Stupéfait, David descendit l'escalier en bois en faisant gémir quelques marches puis s'avança vers la porte d'entrée en traînant ses chaussons. La télévision s'éteignit brusquement, plongeant le jeune homme dans les ténèbres.
« Vous êtes trop cons les mecs ! Le premier que j'attrape je lui mets mon poing dans la gueule ! »
Et si c'est Stéphanie tu lui donnes la fessée ? Cette pensée suggérée par une petite voix intérieure l'excita outre mesure. Tâtonnant dans l'obscurité, David finit par trouver le commutateur tout près de la double-porte de l'entrée. Il pressa dessus, mais aucune lumière ne vint troubler la pénombre inquiétante des lieux. Il referma lentement la porte en jetant un bref coup d'oeil dans la rue déserte. Faisant volte-face, il cria en direction des escaliers qui menaient à l'étage : « Alors là, bravo ! Vous avez coupé le courant ?! Je vois que vous êtes fortiches pour la connerie. »
Il était à cran. Ses potes se foutaient de sa gueule et le prenaient pour un débile profond. David n'appréciait pas du tout cette situation indigeste... surtout que Stéphanie semblait être de la partie. Il se tourna à nouveau vers la porte vitrée qui donnait sur le jardin et sur la route. Dehors, en face de chez lui, la maison de Monsieur Akerman était plongée dans une obscurité insondable. La rue jonchait de platane – où les habitations se comptaient sur les doigts d'une main -, était balayée par le vent. Celui-ci éparpillait les feuilles mortes surgissant de zones inconnues des employés de la mairie chargeaient du ramassage. Recentrant son attention sur le living-room, ses yeux commencèrent à s'accoutumer au noir oppressant de la maison. Le carillon de la pendule se mit tout à coup à résonner dans l'espace silencieux et trop sombre de la pièce. Le jeune homme sursauta... 2 h du matin. Il examina l'intérieur du salon puis son regard bifurqua en direction de la cuisine qui se trouvait au fond du couloir sur sa droite. L'éclairage puissant des lampadaires du quartier parvenait jusque-là et David appréhendait beaucoup plus clairement les lieux. Ils veulent jouer aux cons, pas de problème. Il traversa rapidement le petit couloir pour s'engouffrer dans la cuisine.
« Je vais leur faire peur moi aussi, » murmura-t-il. Tu as peur David ? lui demanda une petite voix du fond de son cerveau.
« Eh les gars ! hurla-t-il énervé, vous vous souvenez de la tarte aux pommes que ma mère nous a chèrement préparé ?! Bein si vous rappliquez pas dans la minute, je me l'enfile entièrement !! »
L'ultimatum lancer, il claqua la porte derrière lui et se dirigea vers le frigidaire. Une fois ouvert, il tâta en aveugle pour récupérer le plat contenant la spécialité de sa mère dont tout le monde raffolait. Des bruits suspects lui parvinrent alors de l'étage, à l'endroit même où étaient supposés dormir Nicolas et Sébastien. J'étais sûr qu'ils ne résisteraient pas à l'appel du ventre, pensa-t-il avec un sourire triomphant sur le visage. Malgré ça, il ne put s'empêcher de repenser amèrement à Stéphanie. Et si j'avais raison et qu'elle était au plumard avec mes deux copains ? Il crut percevoir un faible grincement qu'il associa aussitôt aux marches d'escalier en bois qui grimpaient à l'étage. La tarte en main, il ouvrit précipitamment la porte de la cuisine, près à donner une bonne leçon à ces petits farceurs. S'apprêtant à vociférer sur le premier individu venu, il stoppa soudain son élan en apercevant une silhouette immobile au bout du couloir, juste à la limite du salon. À la seule lueur des réverbères de la rue, il lui était impossible de distinguer l'identité du personnage. Cependant, il discernait assez de choses pour constater que cette personne était très grande.
« C'est toi Nicolas ? »
La forme ne répondit pas mais commença subitement à venir vers lui en traînant péniblement quelque chose derrière elle. Des bruits de mastication déplaisants accompagnaient la progression de la silhouette.
« Arrête tes conneries Nico... je te préviens que si tu avances encore, je te fous mon pied là où tu sais ! »
Il n'en pensait pas un mot, mais la plaisanterie avait assez duré. À ce moment-là, David entendit les gouttes d'un liquide se rependre sur le linoléum du corridor en même temps que l'individu s'avançait vers lui. À tout les coups il a renversé son verre ce gros dégueulasse.
« Et qui c'est qui va encore passer la serpillière ? » lâcha-t-il d'un ton démoralisé.
Au moment où « l'inconnu » parvint enfin à la moitié du couloir, la télévision se ralluma brusquement dans le salon. Le son du téléviseur était anormalement élevé : « Est-ce que sucer c'est tromper ? » interrogea Thierry Ardisson. Nicolas, ou quelqu'un d'autre, avait mis un terme à sa progression et stagnait au milieu du couloir. La mastication étrange se poursuivait inlassablement, accompagnée cette fois-ci de bruits de succions dégoûtants. David se mit à rire : « Bonne question, tu crois pas Nico ? » Et ce con dans le couloir, il suce quoi ? lui demanda la petite voix. L'individu ne bronchait toujours pas. Quelque chose empêchait David de foncer droit sur cette silhouette pour la bourrer de coups... mais quoi ? Il n'en avait pas la moindre idée. Peut-être bien la frousse David, lui annonça à nouveau la petite voix. La lumière de l'écran de télévision aspergeait le dos de la forme inquiétante.Il tendit la main vers l'interrupteur et appuya dessus. La lumière jaillit et avec elle, le hurlement de David, tétanisé de stupéfaction. La chose qui se tenait à quelques mètres de lui, mâchouillait ce qui semblait être un doigt humain et son visage était une pourriture immonde. Un des yeux de la créature sortait de son orbite et venait se balancer tout près de sa bouche. Celle-ci, à moitié édentée, suçait une phalange sectionnée comme s'il s'agissait d'une sucette. Putain, il pourrait presque gober son oeil ! Le mort-vivant commença à émettre un râle de mécontentement - ou d'envie -, à la manière des zombies de série B. Des morceaux de chair et de peau se détachaient de sa figure dont la texture ressemblait à un gratin de pâtes agrémenté de sauce tomate. Horrifié, David recula au ralenti jusqu'à heurter le buffet renfermant les ustensiles de cuisine. Pris au piège dans cette pièce sans issue, il écrasa sans remord le plat à tarte sur la figure du zombie. La préparation chargée de pommes et de crème se mélangea à la face de pâtes ensanglantées du trépassé, le rendant encore plus repoussant. Sur le sol, le contenant tournoya comme une toupie dégoûtante, éparpillant sur le lino les restes de la tarte aux pommes. Visiblement peu ennuyé par cette parenthèse culinaire, le cadavre ambulant s'avança lentement vers le jeune homme en tendant une main dépourvue de peau dans sa direction. David s'attendait presque à se que cette créature profère le mot « cerveau » comme dans le film The return on the living dead. Le courant s'en alla à nouveau. Pris de panique dans l'obscurité, David se mit à beugler. Les bras derrière le dos, il rechercha désespérément le premier objet qui lui tomberait sous la main. Dans la précipitation il se blessa avec quelque chose. L'objet qui l'avait entaillé était un couteau. Le couteau à viande de maman ! Il s'en empara et braqua la lame en direction du mort-vivant. En aveugle, il frappa plusieurs fois, loupant sa cible à chacune de ses tentatives. Après ce brassage d'air infructueux et éprouvant pour les nerfs, David finit par asséner un coup qui toucha victorieusement au but. Galvanisé par le cri de douleur du macchabée, David frappa à nouveau en criant de terreur et de rage, s'éclaboussant au passage de sang de Zombie. Fait gaffe qu'il ne te morde pas ! Il frappa encore et encore, comme un dément. La chose semblait continuer à bouger sous les coups acharnés du jeune homme. La lumière revint à nouveau, accompagnée du volume de la télévision qui diffusait cette fois-ci un concert des Red Hot Chili Peppers. Baissant les yeux au sol, David contempla son oeuvre et sa main tremblotante lâcha le couteau. Ce qui avait dû être un homme était étendu face contre terre et du sang s'écoulait abondamment de sa poitrine. Il n'est pas mort... il faut toucher le cerveau, bon dieu ! Il paniqua et chercha un objet susceptible d'être assez robuste pour perforer le crâne du zombie. Il jeta son dévolu sur le tournevis plat qu'il avait utilisé la veille pour démonter la serrure du garage. Des chocs vigoureux provenant de l'étage vinrent perturber la maestria du groupe américain. Des bruits de lutte ? Au grand désarroi du jeune homme, le mort à ses pieds se mit à gémir et commença même à gigoter dans son propre sang.
« Saloperie de bestiole ! »
David n'hésita pas un seul instant et escorté par la voix d'Anthony Kiedis, plaqua sa savate trouée sur le dos du cadavre pour lui enfourner le bout du tournevis dans l'arrière du crâne. Le zombie se trémoussa encore un court instant avant de rendre l'âme, figé pour l'éternité. La marre de sang, déjà conséquente, s'agrandit un peu plus avec l'arrivée d'un nouvel affluent. David se releva, complètement usé par l'effort et l'adrénaline. Il s'était bien entaillé la paume avec la lame de son couteau. Il attrapa le torchon de vaisselle pendu à la poignée du buffet et l'entoura autour de sa main. Stephanie ! Il fallait qu'il trouve ses amis. De toute évidence, l'une de ces saloperies de mort-vivant jouait avec le disjoncteur. David se demandait bien ce qui pouvait pousser un zombie - même le plus « Einsteinisé » d'entre eux -, à vouloir jouer avec le courant.
De sa connaissance, aucune arme à feu ne se trouvait dans la maison, en tout cas son père ne lui en avait jamais parlé. La hache de Papy... mais bien sûr ! Celle-ci séjournait à longueur d'année dans le séjour, près de la cheminée. Les Red Hot Chili Peppers enchaînèrent un second titre : « Californication ». David enjamba le cadavre en l'observant du coin de l'oeil. Est-il vraiment mort cette fois-ci ? Il remua le macchabée amoché du bout de sa pantoufle aux relents de vieux fromage. Pas de réaction et aucun signe précurseur d'une résurrection imminente. L'ampoule de la cuisine s'éteignit soudain et avec elle, la voix de la rock star. S'aidant de ses mains, David se dirigea maladroitement jusqu'à l'entrée du couloir. Ses yeux percèrent peu à peu l'obscurité. De l'endroit où il se tenait, la hache du grand-père était bien visible, tout au bout du salon, au milieu des ombres agitées des arbustes au-dehors. Il s'avança trop précipitamment et glissa sur quelque chose. Un murmure venant de l'étage ou peut-être de plus près, arriva jusqu'à lui. Il y en a aussi à l'étage ?! Il chuchota : « Stéphanie ? ». Il pataugeait dans un liquide poisseux. Prenant son courage à deux mains, il se releva et continua en direction de la hache. Mais d'où sortent ces morts-vivants bon Dieu ?! En arrivant devant les escaliers, il jeta un regard plein d'épouvante vers l'étage. Celui-ci était plongé dans une obscurité macabre. Au passage, il pressa le bouton de la télévision pour qu'elle évite de gueuler au prochain coup. Il me faudrait ma lampe torche. Mais celle-ci était dans sa chambre au premier. Il empoigna la hache et la soupesa.
« Elle pèse une tonne la garce, » marmonna-t-il en jetant des coups d'oeil craintifs autour de lui.
Il avait les yeux exorbités de terreur et s'attendait à voir surgir une de ces choses à tout moment. Où se trouve le disjoncteur ? Il l'ignorait. Peut-être à la cave... il est toujours à la cave dans les films d'horreur L'idée de descendre dans les bas-fonds de la maison l'effrayait. Mais de toute manière, ce n'était pas envisageable sans éclairage. Comme si quelque chose avait lu dans ses pensées, la lumière jaillit à nouveau dans la cuisine. Sans hésiter, il s'achemina rapidement vers la porte d'entrée pour éclairer la pièce. La vue du séjour le soulagea immédiatement. La porte de la cave était à droite des escaliers menant au premier étage. David jeta un nouveau coup d'oeil là-haut. Malgré la lumière environnante, le couloir des chambres était encore plongé dans les ténèbres. Malgré ça, il osa appeler à voix haute : « Nicolas ?! ». Le son de sa voix l'effraya. Pas un murmure dans la maison. Puis brusquement, venant de la cave, un léger cliquetis de ferraille se fit entendre. T'es cuit mon coco. Cette pensée s'adressait autant à ce qui l'attendait en bas qu'à lui-même.
Il sera le manche de son arme tout contre sa poitrine et, prenant une grande inspiration, se dirigea vers la porte du sous-sol pour coller une oreille contre celle-ci. Il entendait bien quelque chose, comme si quelqu'un agitait un trousseau de clés. Il baissa délicatement la poignée et appliqua une légère pression avec son épaule pour entrebâiller l'ouverture. La cave était éclairée et une aubaine pour lui, les escaliers étaient en pierres. Il laissa la porte ouverte et commença à descendre en silence, sans éveiller l'attention du locataire du sous-sol. La chaudière ronronnait et faisait presque trembler les murs. Posant un premier pied sur la dalle du cellier, il tendit à nouveau l'oreille. Le son qu'il avait entendu précédemment résonna une nouvelle fois. Sur la paroi du mur en face de lui étaient suspendus les outils de jardinage de son père... il avait toujours préféré les garder à l'intérieur de la maison de peur qu'un voleur ne force la porte du garage. Le reste de la cave ne contenait que de vieux cartons remplis de vieilles frusques pourries bouffées par les mites et des photos jaunies par le temps recouvertes de crottes de rats. David se remémora soudain un vieux film en noir et blanc qu'il avait vu en cachette il y a bien longtemps, planqué sous les escaliers du séjour. Dans ce film, les zombies répétaient inlassablement les actions qu'ils avaient pour habitude de pratiquer de leur vivant. David finit par se demander si le mort qui abusait si lourdement du disjoncteur, ne travaillait pas à E.D.F avant sa mort. Ce gars était peut-être même chargé de supprimer personnellement le courant à des familles dans le besoin, incapables de payer leur électricité parce que ces pauvres gens avaient dû faire un choix entre la facture E.D.F du logement et les médicaments du petit dernier qui souffrait de gastro-entérite aigu. Ordure ! pensa David en serrant les dents. D'un air décidé, il s'achemina lentement vers la source du bruit, soulevant la hache au-dessus de sa tête pour l'abattre sur le premier venu. La chose était de dos, immobile face au disjoncteur. Nom de dieu ! Sa vessie se vida brutalement entre ses jambes flageolantes. La pisse tiède se propagea rapidement aux vieilles pantoufles déjà délaissées par l'hygiène puis s'écoula sur le sol, dans un clapotis bruyant inéluctable pour les oreilles. C'est à ce moment-là que le mort se mit à bouger. Il abaissa brusquement la poignée du disjoncteur pour mettre un terme à la clarté. David émit un petit cri de terreur. Dans le noir, le zombie devait être à deux pas devant lui. Plutôt que rester là à attendre que cette chose se jette sur lui pour bouffer sa cervelle, David s'avança sur une courte distance qui lui parut beaucoup trop longue. Dans la cave obscure, il percevait la respiration du cadavre ressuscité. L'ampoule de la pièce s'éclaira sans prévenir et le mort-vivant - qui s'était entre temps retourné - hurla en faisant mine de bondir sur lui. David s'égosilla à son tour en même temps qu'il abattit la hache sur le crâne de la créature.

Amour immuable
10/05/2008 21:51 par histoires-fantastiques
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Amour immuable
10/05/2008 21:51 par histoires-fantastiques
Il ouvrit ses yeux, encore imbibés par des réminiscences de joies révolues. Étendu sur le lit de cette chambre d'hôtel sans attrait, l'homme observa le ballet ennuyeux des particules de poussière, rendues apparentes par les rayons solaires qui pénétraient par delà les rideaux. Le jour était là. Son corps baignait dans la sueur et le sang. Sa main glissa langoureusement, caressant la demoiselle dévêtue couchée à ses côtés.
« Mon amour ? » murmura-t-il.
Au pied de la couchette, sur le restant de drap demeuré blanc, gisait un fragment de sa bien-aimée, sanguinolent. La femme resta muette et immobile face à l'interrogation subliminale de l'homme. Il tourna son regard vers elle. Le cou de la jeune femme était émaillé de sang aride. Les délicieux petits stigmates qu'il aurait désiré si ardemment deviner là, avaient été supplantés par un orifice béant, sans charme, monstrueux et fatal pour cette nymphe inerte tant aimée. Il se leva de sa couche et toisa, pétri de regrets inaltérables, le tableau macabre.
« Mon Dieu. »
Il n'y a pas de dieu pour les individus de ton espèce . La femme dénudée était couchée sur le côté, face au mur tapissé, dans un linceul d'hémoglobine humide. Sa main droite, si ravissante, serrait encore fermement un barreau du lit en bois. Le corps livide de la jeune femme était parsemé de fines veines bleues.
« Mon amour ? »
Inconsciemment, l'homme évita le feu du soleil, comme si son existence passée avait encore quelque importance. Se dressant devant l'armoire à glace, il considéra, subjugué, le reflet malsain que celle-ci lui renvoyait. Nu comme un nouveau-né, le fluide vital de la morte lui couvrait la totalité du corps, jusqu'à son pénis fripé. Il fit courir un de ses doigts effilés sur la surface de son torse, où résidait encore du liquide non coagulé. Le portant à sa bouche, il goutta la matière suintante, puis la recracha brutalement, écoeuré. Son poignet déchiré, encore dégoulinant, lui rappela amèrement l'insanité prospérée. Bois ma chérie ! Bois la renaissance !
« Quelle renaissance ?! dit-il tout haut, elle n'est plus... vidée de son sang... tuée par une chimère. »
Il détourna son regard de la bestialité sans nom, et contempla à nouveau l'être suprême reposant sur son linceul. Pas elle ! Non ! Pas ma favorite ! Il s'avança vers le cadavre et le dévisagea. Les yeux de la femme étaient vitreux, comme ceux du chat qu'il avait écrasé par inadvertance l'année précédente. Sa bouche, sensuelle et maquillée de rouge à lèvres, semblait vouloir proférer un « Ah » de plaisir, intense et noyé de douleur.
« Pourquoi m'as-tu quitté ? » proféra-t-il, un rictus d'abomination sur les lèvres.
Se rapprochant du corps, il s'agenouilla devant la dépouille et se pencha pour l'embrasser. Le sang coula entre les lèvres des deux amoureux, dans un dernier baiser passionné et rempli d'amertume irréversible. Se retirant hâtivement, l'homme emporta l'organe qui avait tant de fois parcouru frénétiquement son corps vigoureux. Il eut une mastication brève, sans liesse, avant de rejeter la chose sans saveur, la mine dégoûtée. Ses yeux se brouillèrent de larmes, puis les gouttes cristallines coulèrent sur sa poitrine imberbe, se mélangeant aux vestiges de cette vie sacrifiée inutilement. Cette princesse étendue là, déshabillée et brisée, l'excita outre mesure. Il la désirait malgré qu'elle ne fût plus. Il avait besoin de lui faire mal, encore, il avait envie de l'aimer, à jamais. Mais l'allégresse fanatique n'était plus. Il avait cru pouvoir la changer, comme il avait cru s'être transfiguré lui-même. Il allait mourir, pareil à ce corps choyé étendu là, inerte, cette enveloppe charnelle qu'il n'avait pas pu sauver des griffes du temps. Il avait échoué et maintenant, il allait cesser d'être. Non pas à cause de cet astre illuminé, mais seulement à cause de sa bêtise... humaine. Il ne sera jamais cette nature immortelle, de même qu'il ne serait jamais plus cet homme bercé d'illusions reposant sur une subsistance impérissable. Du couloir lui parvint le tumulte incessant des employés occupés à faire les lits dans les chambres voisines. L'homme eut un rire bref, nerveux et plein de haine.
« Faire les lits... je vais faire le mien, pour l'éternité des temps. »
On frappa à la porte : « Room service ! » Les yeux de l'homme quittèrent l'être inguérissable et parcoururent à nouveau le reflet repoussant. Son phallus arborait une exaltation grandissante, face à l'ivresse d'une nouvelle existence. Est-ce l'excitation de partir pour l'antre de la damnation ?
« Mon amour m'attend peut-être en ces lieux inconnus des mortels », déclara-t-il enthousiaste, à la voix suspicieuse.
Peut-être, lui répondit celle-ci.
« Entrez ! » lâcha l'homme dans un souffle, avant d'écarter craintivement, l'obstacle sécurisant qui le séparait de la clarté flamboyante et brûlante du jour nouveau. Aspergé de lumière, il jouit de ce dernier instant. Sa peau ne brûla point, il ne ressentit aucune souffrance.
« Est-ce possible alors, que je fus dupe à ce point ? Comment ai-je pu être aussi naïf. »
Derrière lui, la porte s'ouvrit et un cri d'horreur emplit ses tympans. L'homme enjamba la balustrade et se laissa choir dans le vide, sans un dernier regard pour sa bien-aimée, qu'il s'apprêtait à rejoindre pour l'éternité...
Bez et Esparon
Le 23 Avril 2008
© ® Auteur : Eric Fesquet, texte déposé.

Ménagère de moins de 50 ans
10/05/2008 21:26 par histoires-fantastiques
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Ménagère de moins de 50 ans
10/05/2008 21:26 par histoires-fantastiques
Par Eric Fesquet
Mardi 20 Novembre
Appartement 312
7h32 du matin
On frappe à la porte. Robert lève les yeux vers la pendule...7h32...dans moins d'une demie heure il prend le métro pour faire la promotion de son dernier livre dans une célèbre radio locale. Il quitte sa chaise, pose son 357 magnum sur la petite table du séjour et se dirige vers l'entrée.
- C'est Christiane !
Robert déverrouille la porte et ouvre en grand pour accueillir sa voisine de palier.
- Alors, comment allez vous aujourd'hui ?
- Comme d'habitude...lui répond l'homme, la mine sombre.
Il lui fait la bise et l'invite à entrer dans l'appartement.
- Asseyez-vous j'apporte le café, lui-dit-il.
Christiane entre et s'installe sur la chaise se trouvant face à la fenêtre tout en contemplant l'arme à feu déposée devant elle, canon pointé vers la lucarne qui donne dans la rue St-Joseph. Elle s'empare du revolver et l'examine avec attention. De la pièce à côté lui parvient le grondement de la machine à café et des bruits d'ustensiles et de vaisselle qui s'entrechoquent. A la cuisine, le maître des lieux s'active, sert le breuvage stimulant dans des petites tasses blanches aux motifs japonais, dépose un sucre dans chaque, rajoute un nuage de lait pour lui et un petit pain au chocolat pour son invité. Dehors le temps est exécrable, le ciel est voilé, il pleut...déprimant.
Il s'empare du plateau et sort de la cuisine pour rejoindre la dame au salon.
Christianne est là, assise, impassible, fixant les maisons voisines par la fenêtre, le 357 magnum est revenu à sa place. Il s'approche de la femme et dépose le plateau à la droite de l'arme à feu puis se penche pour ramasser un mouchoir en papier blanc encore plié ou réside de petites tâches non identifiées.
- Vous avez tombé ceci. Dit-il en le tendant à Christiane. Celle-ci le remercie et le range dans son sac à main qui est aussi laid que le reste de sa tenue.
-Robert contourne la table et s'assoit en face de sa voisine, dos à la lucarne, il sent les courants d'air froid passés au travers des vieux joints endommagés par la corrosion. Il jette un coup d'oeil furtif sur la petite bibliothèque renfermant une quinzaine de ses bouquins qu'il écrit depuis l'âge de vingt ans. Puis son regard s'incline, dévisageant l'arme qui pointe son museau sur lui.
- Ce n'était pas le bon jour ? Lui demande la dame en goûtant la petite collation.
Robert recentre son attention sur son vis-à-vis.
- Comme vous pouvez le constater... Je suis toujours parmi les vivants.
Christiane remercie son voisin pour le café d'un signe de tête tout en levant sa tasse.
- Vous devriez peut-être changer de mode opératoire... Je ne sais pas moi...rajouter une balle par exemple...dit-elle tout en sirotant sa boisson.
Robert pris l'air indigné.
- Ce n'est pas possible ! Dans mon rêve le barillet n'en possède qu'une...tous les matins depuis 3 semaines je presse cette putain de détente et rien ne ce passe ! Rien à faire ce n'est pas mon heure...pourquoi est-ce si long Christiane ?
La dame a 42 ans. Elle est blonde, les cheveux mis long, un visage agréable, favorable à la confiance avec de jolis yeux verts. Elle fait moins que son âge, mais son accoutrement est celui d'une grand-mère de 70 ans. Elle porte une affreuse robe saturée de marguerites sur un fond bleu altéré par un nombre considérable de passages en machine. Elle porte à ses pieds des pantoufles en toile de couleur vertes insupportable pour l'oeil. Robert, le visage entre ses mains se met à pleurer à chaudes larmes.
- Vous souffrez Robert...rendez-vous compte de ce que vous êtes en train de vous infliger !